L’histoire insolite d’un petit genévrier qui devint un bonsaï

C’est en 1989, lors d’un premier voyage en Thaïlande que je découvre au marché aux fleurs de Bangkok le bonsaï. La vision de ces petits arbres en pot me fascine et je rentre accompagné d’un petit arbre. Il ne résiste pas longtemps à mon ignorance et meurt.

C’est alors que je me documente et découvre le livre d’Harry Tomlinson ( le grand livre de l’art et de la culture des bonsaï, édition SOLAR), qui m’apprend que l’on peut créer des bonsaïs à partir de n’importe quel plant de pépinière.

Je décide de commencer l’expérience, et achète deux plants de pépinières ( un pinus mugo et un junipérus squamata) âgés d’une douzaine d’années.

Je ne dispose à l’époque  que d’une pince concave, une paire de ciseaux et un peu de fil d’aluminium.

Les premières interventions d’observation, de nettoyage, de taille dévoilent une plante sans caractère particulier. Pourtant en suivant  mon idée accompagnée du livre, je parviens à dégager une structure (au départ double tronc). Au printemps 1991, je le mets en pot pour la première fois dans une poterie 6 à 7 fois plus gros que son pot actuel.

En 1992, l’arbre est entièrement ligaturé pour la première fois

Pendant les  5 années suivantes, l’arbre est uniquement arrosé et pincé 3 fois par an. L’arbre a bien poussé et il est en bonne santé. Je décide alors d’enlever certaines branches, afin de créer des espaces vides et de raccourcir la hauteur  à 72 cm. Je crée un shari et quelques jins. L’arbre a déjà plus d’allure mais il est encore loin d’être un bonsaï.

3 ans  après, le petit tronc qui partait de la base et qui n’avait aucun mouvement est supprimé.

Je re-ligature l’arbre entièrement pour la troisième fois. Il est toujours pincé et arrosé mais n’a encore jamais reçu d’engrais. Deux ans s’écoulent avant une sévère nouvelle taille de structure.

A cette époque, je vais au japon et rencontre HIDEO SUZUKI, chez qui, après d’âpres négociations et avec l’aide de Maria Teresa Volonterio (directrice de l’école européenne de bonsaï), j’acquiers  le pot, qui j’en suis certain, conviendra parfaitement à mon arbre.

Je ne lui montre jamais cet arbre mais utilise son enseignement pour effectuer les travaux d’entretien et d’amélioration de la forme.

Je le présente au 1er congrès international de la Scuola d’Arte Bonsai à Boario, en italie (2004), où il remporte son premier prix du Japon, le prix HAMANO (dite l’école des maitres).

 

Quelques années plus tard,  je le présente  à mon nouveau maitre KEIZO ANDO. Sous son conseil, j’effectue encore des transformations.

Puis je prépare l’arbre afin d’être exposé au 3ème congrès international de l’école, où il remporte, à ma plus grande joie, le 1er prix.

Le commentaire du maitre Ando sur mon arbre est « lorsque l’on se trouve devant cet arbre, on perçoit immédiatement le calme. L’harmonie est réussie, les proportions sont parfaites, l’arbre commence à vieillir , le choix du pot est excellent et on ressent bien le mochicomi tant sur l’arbre que sur la poterie. Cet arbre est sur la voie du zen jishô bonsaï ».

20 ans ont été nécessaires pour que ce jeune plant de pépinière pénètre dans le monde du bonsaï.

Cet arbre est une grande source d’émotion et d’encouragement  car il est mon tout premier bonsaï créé ..

Il est un compagnon de route, un ami pour la vie.

Durant ces 20 années, et au travers du parcours de ce genévrier, la transformation a aussi opéré sur moi et mon existence. J’ai donc choisi depuis 2005 de me consacrer intégralement à l’art du bonsaï et l’esprit du japon, conformément au message reçu du gardien de la tradition du bonsaï au Japon : KEIZO ANDO .